1. Un cri devenu devise
« M'ndigi Dja Tar » : « Je veux marcher debout ». La phrase est à la première personne. Elle ne dit pas « il faut qu'on le fasse marcher », ni « on lui permettra de se lever ». Elle dit « je veux ». Avant d'être une promesse faite par une institution, c'est un désir énoncé par quelqu'un. Ce détail change tout : il rappelle que le protagoniste de la réadaptation est la personne elle-même.
2. Le verbe « vouloir »
Vouloir est le plus humain des verbes. Il suppose une conscience, un projet, un avenir. En faisant du vouloir le centre de sa devise, la Maison Notre-Dame de la Paix reconnaît que les personnes qu'elle accueille ne sont pas des cas à traiter, mais des sujets de leur propre histoire. Soigner, dans ce sens, c'est servir un désir : celui de la personne qui se lève.
3. Le mot « debout »
Être debout, c'est d'abord une posture physique. L'espèce humaine s'est distinguée en se redressant, en libérant ses mains, en regardant l'horizon. Mais la langue sait que « debout » dit bien plus. On dit d'un peuple qu'il se tient debout, d'une cause qu'elle tient debout, d'une personne qu'elle reste debout dans l'épreuve. La verticalité est devenue le symbole de la dignité.
4. Les marches de l'existence
Marcher n'est pas qu'un déplacement. Marcher, c'est aller vers : vers l'école, vers le marché, vers les siens, vers ses projets. Le pas est la plus petite unité de la liberté. Pour celui qui a longtemps été privé de mobilité, chaque pas est une conquête, et chaque conquête est une réponse à la question de savoir quelle place on occupe parmi les autres.
5. La marche comme art
Beaucoup de traditions ont chanté la marche. Les récits de voyage, les poèmes, les chants de travail tiennent compte de ce rythme humain. Un pas après l'autre, la vie avance. Dans une société où l'on marche beaucoup, sur les pistes, vers les champs, vers les puits, la marche n'est pas un loisir : elle est la condition même de la vie quotidienne. Perdre cette capacité, c'est être mis à l'écart de la vie.
6. Se tenir debout ensemble
On ne se tient pas debout seul. Derrière chaque personne qui se redresse, il y a des mains qui ont soutenu : un soignant, un technicien, une mère, un voisin. La devise de la maison, dite au singulier, se réalise au pluriel. Elle est la rencontre d'un désir personnel et d'un engagement collectif. C'est là toute la beauté d'une institution comme l'AMNDP : faire de la volonté d'un seul la tâche de tous.
7. Une éthique de l'accueil
Se tenir debout, c'est aussi une manière de regarder l'autre. Accueillir, c'est se tenir à hauteur d'yeux, sans pitié ni condescendance. Une société qui sait accueillir est une société où chacun peut parler à égalité. L'accueil est la première forme de la réadaptation : avant tout appareil, avant tout exercice, il y a un regard qui dit « tu as ta place ici ».
8. Et demain ?
Chaque jour, à Moundou, des personnes repartent debout, ou plus droites, de la maison. Chacune porte avec elle ces quatre mots, qu'elle a faits siens. Peut-être que la plus belle réussite d'une devise est de cesser d'appartenir à l'institution pour devenir celle de ceux qui la prononcent.
« M'ndigi Dja Tar » : je veux marcher debout. Et nous voulons, avec vous, que ce vœu devienne un chemin.
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